LA MAGIE DU DREAM ROLL

The Dream Roll est le week-end moto girls onlyle plus couru du nord-ouest du Pacifique. Situé dans la forêt dense et luxuriante bordant la frontière des états de Washington et de l’Oregon, cet événement offre des occasions privilégiées pour sillonner des routes magnifiques, s’émerveiller devant des paysages à couper le souffle et forger des amitiés avec des femmes libres, fortes et insoumises. Portrait d’un événement unique qui grandit de façon exponentielle depuis 3 ans.

10 août 2017, aéroport PDX, Portland. J’attends mon taxi. Je suis chargée comme un âne. Un sac sur mon dos, un dry bag 40L en tube, bien rempli, dans une main et mon casque contenant un hoody et un livre, dans l’autre. C’est le désagrément des voyages à moto. Exit la valise à roulettes ! Ma grosse poche est pesante et je n’ai pas de prise fonctionnelle pour trimballer mon chargement dans un sens ou dans l’autre. Je n’ai pas envie de niaiser pour me rendre au motel. Je monte dans le premier taxi de la ligne, persuadée que c’est mon meilleur plan. À mi-chemin, je commence à avoir chaud. Le taximètre monte en flèche ! J’aurais mieux fait de prendre deux minutes pour vérifier l’offre de transport de la ville. 75$ plus tard, je dépose mes sacs dans ma chambre et je me connecte au Wi-Fi pour réaliser que j’aurais pu me rendre du point A au point B pour 2,50$ seulement. Le TriMet est un service de transport complet qui combine autobus, métro léger et train de banlieue. Damn, moi qui pensais me gâter à la table de merch de l’événement…

Le lendemain, j’arrive chez Eagle Rider à la première heure.

– En route vers le Dream Roll ? me demande le gars à l’accueil.
– Oui !
– Attends, je sors ton bike.
– Kossé ça ?
– Un Triumph Tiger XRx. Tu vas aimer ça !
– Ouin… C’est pas ce que j’avais en tête. On m’a parlé d’un Indian Scout ou d’un Softail.
– C’est tout ce qu’il me reste.
– Et mes bagages, je mets ça où ?
– Tu vas te débrouiller, je ne suis pas inquiet. C’est tout ce qu’il me reste, me répète le gars, navré.

En fait, ce ne sont pas mes bagages qui me dérangent. C’est le bike. Je me sens un peu comme le matin du 40eanniversaire de mes grands-parents quand mon père m’a supplié de troquer, pour la journée, mes légendaires Doc Marten contre les souliers beiges, trop grands que ma cousine avait laissés dans une poche de linge à donner. Dépersonnalisée. Heureusement, je n’ai plus 14 ans, je n’entacherai pas ce voyage pour une simple question de look.

Je fais confiance au gars et je saute sur ma monture du week-end. Il n’a pas menti, ça se conduit comme un charme ! C’est la première fois que je monte sur ce genre de deux roues et, étonnamment, je suis à l’aise dès le premier coin de rue. Ce n’est peut-être pas une moto esthétiquement à mon goût, mais je vais passer du vrai bon temps sur les routes, il n’y a pas de doute. Au niveau de mon chargement, je m’en sors plutôt bien. J’ai assez d’espace sur le banc du passager pour empiler mes sacs comme un gâteau de noces.


Je décolle vers Tillamook Station, le point de ralliement du départ organisé par Becky Goebel. Becky, avec Lanakila MacNaughton, est l’une des deux fondatrices de l’événement. Elle nous attend avec café, boissons énergisantes et collations pour nous guider vers Mont Adams Lodge à Glenwood dans l’état de Washington, là où se tient le Dream Roll. Je trouve ça sympathique de la part de Becky de prendre le temps de leader un groupe. Je me doute que 3 heures avant l’ouverture des portes, elle doit avoir d’autres chats à fouetter, mais elle est là quand même tout sourire. Comme nous sommes plus d’une trentaine, deux groupes se forment avec 30 minutes d’intervalle. Je pars avec le premier groupe. La ride est magnifique. On traverse le fameux pont des Dieux, unpont à poutres cantileveren treillisqui franchit le fleuve Columbia entre l’Oregon et l’état de Washington et on suit le cours d’eau. Des tunnels de pierre en demi-lune percent les montagnes. Les roches colossales sont couvertes de mousse. À chaque courbe, je remercie le ciel d’être là. C’est magnifique.


Plus on avance, plus il fait chaud. Une chaleur intense et sèche à déclencher un feu de forêt par un simple battement de cils. Je déshydrate, je commence à avoir hâte d’arriver. C’est la mère de Becky qui nous accueille à la table d’enregistrement. Un petit bout de femme sympathique qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. L’espace est vaste. Un grand corridor de 40 acres d’herbe et de terre au cœur de la forêt. Je trouve une place disponible pour installer mon campement.

– Salut, t’es toute seule ? Me demande une femme seulement vêtue d’un t-shirt d’une petite culotte. (Il fait vraiment chaud !)
– Oui !
– Je m’appelle Heather. Installe-toi ici avec notre gang. Ici, c’est chez toi. Ce sera ton camp de base.

J’ai rarement vu des filles aussi ouvertes, sympathiques et conviviales qu’au Dream Roll. Contrairement à d’autres événements féminins, ici, il n’y a pas de cliques. Tout le monde se mélange naturellement. J’ai l’impression de faire partie d’une grande famille où la différence est encouragée et respectée. Les filles sur place ont une personnalité forte et colorée. Je sens déjà que ça va être un week-end mémorable.


Je vais explorer les lieux. Il y a la tente de Ducati qui nous présente les différents modèles de Scrambler, une nouveauté cette année. Je m’inscris pour l’essai routier du lendemain. Tant qu’à avoir la chance d’en essayer une, aussi bien en profiter ! Il y a quelques kiosques de vêtements et d’équipements pour femme : Atwyld, Wasted Times, Hinterland, Mosko Moto et, bien sûr, la boutique Dream Roll. Il y a du beau là, j’ai une petite pensée pour l’argent dépensé inutilement dans le taxi qui me prive de quelques beaux morceaux. Côté bouffe, il y a deux food trucks, El Rinconcito qui sert des tacos et des burritos et Chicken and Guns qui offre un excellent poulet fumé. Contrairement à d’autres événements similaires, le bar du Dream Roll est payant. À 5$ la consommation, les filles optent plutôt pour aller faire des provisions au village le plus près et utiliser le bar en 2erecours. Argent cash seulement.


Au centre des tentes trône une mini rampe de skate. En fin de journée, une compétition amicale a lieu. Les filles de différentes compagnies de l’industrie du skate telles que Skate Like a Girl, Mahfia TV et Skate Witches nous en mettent plein la vue. Mention d’honneur à celle qui portait le chapeau de Daniel Boone, des mocassins lacés mi-mollets et un costume de bain vert forêt ! À elle seule, elle a fait la soirée ! Comme quoi un costume, ça pimpun party! Le soir, on danse à ciel ouvert au rythme de la DJ. Le sable s’élève du sol et me donne l’impression de flotter sur un nuage. Les éclairs se mettent de la partie. Jeux de lumière dans le ciel. Les filles crient de joie à chaque flash dans la nuit noire. Le moment est tout simplement magique ! Le tout s’arrête brusquement vers minuit, car une pluie torrentielle s’abat sur nous. Mais personne ne se plaint, dans cette chaleur accablante, l’eau, c’est la vie.


Samedi matin, je me joins à l’équipe de Ducati pour faire l’essai routier. Je tente l’expérience avec le Scrambler Café Racer. On est quatre. On va sillonner la montagne sur des chemins sinueux. Le road test dure 30 minutes. J’apprécie mon bike du moment en me disant toutefois que je ne ferais jamais un road trip dans cette position de conduite là. À mon sens, un café racer, ce n’est pas fait pour sortir de la ville. Des groupes de filles s’organisent pour aller découvrir l’un des 3 itinéraires proposés par le Dream Roll. Sous les conseils de Becky, j’opte pour le Lower Lewis River Falls dans la forêt nationale Gifford Pinchot. Je pars solo. Au poste d’essence, le shérif regarde le plan offert par l’organisation et me propose une autre route pour m’y rendre. Sans carte ni réseau Internet, je suis ses indications religieusement et je pars sans filet dans l’espoir de me rendre à destination. Ça m’amuse. La route est fantastique. Au cœur d’une forêt ancienne, le sol est couvert de mousse et de fougères et les arbres sont immenses, 2 à 3 fois la hauteur des plus grands arbres de la  forêt québécoise. Je m’arrête pour prendre quelques photos. Un groupe de femmes s’arrête pour les mêmes raisons et elles me proposent de me joindre à elles pour le reste de la ride, ce que j’accepte volontiers ! Let’s go, les girls ! Sur place, après avoir parcouru un sentier au cœur de la forêt, je constate à mon plus grand plaisir des chutes spectaculaires : 43 pieds de haut, 200 pieds de large ! Quelques femmes courageuses s’élancent du haut de la falaise. L’eau froide les attend au bout du parcours. Je les regarde amusée, moi, je n’ai pas ce guts là.


De retour au campement, les jeux d’habiletés sont commencés. On a droit au classique slow raceet au jeu du baril. Les filles sont belles à voir. Les concours terminés, les bikes se retirent du terrain pour laisser place à une gamede kickball. Je m’arrête au food truckavant les leçons de skate données par les skateuses invitées. J’ai eu un sacré plaisir à m’humilier sur la rampe parce que j’ai dû tomber au moins 15 fois dans des positions pas toujours très chic. Où il y a de l’ego, il n’y a pas de fun que je me dis. Je retourne à mon camp de base en fin de soirée pour passer un peu de temps avec les filles qui m’ont si gentiment pris sous leurs ailes. Je me dis encore une fois à quel point elles sont hotet généreuses et que du monde de cette qualité-là, ça ne court pas les rues.

Le dimanche matin sonne la fin de l’événement. Départ solo vers Portland. Les filles me proposent de prendre l’Historic Columbia River Highway, une route touristique d’environ 120 kilomètres construite à travers la gorge du Columbia au début du siècle. Cette route a la singularité d’être l’un des premiers projets de routes panoramiques des États-Unis. Chaleureuse, enveloppée par les arbres et la végétation riche et abondante de l’Oregon, elle est lisse comme une piste de course et sinueuse à souhait. On y traverse plusieurs ponts de pierres au panorama magnifique avec de multiples chutes d’eau et des dizaines de roadhouses pour accueillir les voyageurs fatigués. Une route charmante et incontournable pour tous ceux et celles qui voudraient s’aventurer dans la région.


Mon périple se termine au See See Motorcycle Coffee dans l’étonnante ville de Portland, une adresse bien connue de la communauté de moto des environs. Le See See se divise en deux, un espace boutique et un espace café. L’endroit accueille aussi une flotte de pro riderset des événements, dont le fameux One Motorcycle Show. Bref, il s’agit d’une adresse à mettre à son carnet de voyage lors d’une virée dans ce coin de pays. Pour les prochains jours, je me réserve un temps pour explorer la ville et faire un pèlerinage à Cannon Beach, lieu de tournage du film-culte des années 80, The Goonies. C’est un film que j’ai dû voir 200 fois. Je rêvais de cet endroit depuis le moment où j’ai su que je partais pour le nord-ouest des USA.

Bien sûr, le Dream Roll ne réinvente pas la roue. Il y a bien d’autres événements exclusivement féminins auxquels on peut participer aux États-Unis comme au Canada. Ce qui en fait son unicité ? Ce sont les bonnes vibrations et les ondes positives autour de l’événement. Il y a une aura magique autour du Dream Roll. Carrément. Quelque chose d’indescriptible, mais qui se ressent. Est-ce que c’est la chaleur, l’ouverture et le naturel des femmes du nord-ouest du Pacifique? Est-ce le ton donné à l’événement par les hôtesses ou sa position géographique privilégiée dans le courant énergétique de notre planète ? Une chose est certaine, la magie du Dream Roll opère et c’est pour cette raison que l’événement figure au top du palmarès des événements auxquels j’ai eu la chance de participer cette année.


Le Dream Roll déménage !

L’année prochaine, l’événement se tiendra à Crater Lake en Oregon dans le parc national du même nom, à mi-chemin entre Seattle et San Francisco. Les organisatrices souhaitent par ce changement de lieu attirer encore plus de femmes (nous étions 800 cette année), faire découvrir de nouvelles routes et faire place à de nouvelles aventures. Le Crater Lake a été créé à la suite de l’éruption puis de l’effondrement du volcan mont Mazama, il y a 7 700 ans. Aucun cours d’eau ne se jette dans le lac et aucun n’en sort. Selon une ancienne légende amérindienne, ce lac serait la conséquence de l’affrontement entre deux grands chefs, l’un du monde d’en bas et l’autre du monde d’en haut. Dans ce nouveau lieu mystérieux, gageons que la magie continuera d’opérer.

Longue vie au Dream Roll !


 

Acheter maintenant